Collaborations Belgo-Internationales : une sélection de compacts



Que serait le jazz, en Europe mais aussi aux Etats-Unis, en Afrique et ailleurs, s'il ne donnait pas lieu à des rencontres inédites entre différents styles, à des partages de cultures, ou à des confrontations de talents entre musiciens issus de différents pays. Parfois, ce sont les Belges qui accueillent des artistes de passage et les intègrent à leur formation et parfois, ce sont les musiciens belges qui sont invités à participer à des concerts ou à des enregistrements à l'étranger auxquels ils apportent des couleurs particulières. Certaines de ces collaborations, qui remontent loin dans le temps, sont restées légendaires et font partie de la petite histoire du jazz en Belgique. Toutes n'ont malheureusement pas été enregistrées mais, pour celles qui l'ont été, on se souvient des enregistrements de Django Reinhardt avec Coleman Hawkins en 1935; Chet Baker avec Bobby Jaspar en 1962, Jacques Pelzer en 1977, et Steve Houben en 1980; René Thomas avec Sonny Rollins en 1958, et J.R. Monterose en 1960; Philip Catherine avec Larry Coryell en 1977... Et, plus près de nous, Michel Herr et Archie Shepp en 1993; Kris Defoort et Mark Turner en 2002; Ivan Paduart et Richard Galliano en 1994; Stefano Di Battista et Eric Legnini en 1997; Toots Thielemans avec Bill Evans en 1979 et Kenny Werner en 2001; Le Brussels Jazz Orchestra avec Dave Liebman en 2006; Bram Weiters et Chad McCullough en 2011, David Linx et Paolo Fresu en 2014 …, et bien d'autres. La sélection suivante reprend quelques uns des grands albums de jazz enregistrés par des musiciens belges en compagnie de jazzmen étrangers. Non seulement ces disques témoignent d'un réel épanouissement des musiciens locaux face à leurs grands-frères américains souvent pris comme modèles mais, par le succès qu'ils ont rencontré auprès des amateurs, ils ont également servi à faire mieux connaître la richesse de la scène locale et à imposer de nouveaux talents au delà nos frontières.

La liste est cependant loin d'être complète et n'est qu'un travail en progrès … D'autres enregistrements seront ajoutés régulièrement au fur et à mesure de leur (re)découverte!



Martial Solal - Sadi Quartette (Swing / Vogue), 1956
Martial Solal - Sadi Quartette
Martial Solal (p), Fats Sadi (vib), Benoit Quersin ou Jean-Marie Ingrand (b), Jean-Louis Viale ou Christian Garros (dr). Enregistré à Paris les 9 et 16 janvier 1956.

1. Paris Je T’aime (3:00) - 2. Tout Bleu (2:59) – 3. Sadi’s Sad (2:23) – 4. Love Walked In (3:04) – 5. Tenderly (3:08) – 6. Ridikiool (2:26) – 7. Time On My Hands (3:45) – 9) I Cover The Waterfront (2:44) – 9. Yoga (3:48) – 10. Cross Your Heart (3:14) – 11. There’s A Small Hotel (3:08) – 12. Everything I Got Is Yours (3:47)

Né à Alger en 1927 où il se produisait déjà comme musicien de jazz à partir de 1945, le pianiste Martial Solal décide un jour, comme tant d'autres jazzmen, de tenter sa chance à Paris, alors capitale incontestée du jazz en Europe. Il y débarque en 1950 pour y gagner rapidement la reconnaissance de ses pairs. Quant au vibraphoniste belge, Fats Sadi, il vient y rejoindre Bobby Jaspar en 1951 et son démarrage est plus difficile. Mais il se produira régulièrement dans ces clubs légendaires que sont le Ringside, la Rose Rouge ou le Tabou, côtoyant les grands de l’époque comme Don Byas, Kenny Clarke ou André Hodeir. C’est là aussi qu’il a la chance de jouer avec Martial Solal avec qui il va former, en compagnie du batteur Jean-Marie Ingrand et du contrebassiste belge Benoit Quersin, le Martial Solal – Sadi Quartet à qui l’occasion sera donnée d’enregistrer en janvier 1956 quelques morceaux pour le label français Swing. Inutile de dire que l’on n’est pas déçu : ça swingue pur et dur comme on savait le faire à l’époque. Quatre compositions sont de Solal, dont la belle ballade Sadi’s Sad dédiée à son ami Fats, et une seule de Sadi intitulée Yoga qui est un monstre de swing. Le reste, ce sont les standards du répertoire habituel de l'époque mais avec des arrangements qui tiennent la route et que les deux complices ont eu le temps de peaufiner soir après soir devant un public noctambule.

Dans les notes de pochette originales écrites par K. Mohr, on peut lire : "Le présent recueil fut enregistré au cours de trois séances. Martial Solal s'entoura des meilleurs musiciens de la capitale, en fait les seuls parfaitement capables de sentir les arrangements souvent complexes et de les interpréter avec tout le feeling et le swing désirables. Le résultat fut des plus heureux et c'est bien un quartette parfaitement homogène que l'on entend. Très adroitement, Martial Solal fait alterner de courts passages arrangés avec les parties improvisées, s'assurant par là une construction impeccable tout en permettant aux solistes de s'exprimer librement. Sadi, en particulier, se montre en très grande forme et ses solos de Yoga et Love Walked In comptent parmi les meilleurs moments de ce disque. Comme Martial Solal, Sadi est un perfectionniste, un puriste en quelque sorte… La rencontre entre Sadi et Solal était inévitable. Les circonstances ne leur ayant jusqu'ici pas permis d'organiser une formation régulière, ils décidèrent cependant de consigner à la cire quelques une des idées qu'ils avaient eu l'occasion d'élaborer au cours de jam-sessions."

[ The Complete Vogue Recordings Vol.2 (CD) ] [ The Classic Years, Vol. 2 (MP3) ]
[ A écouter : Sadi's Sad - Love Walked In - Yoga ]

Herbie Mann & Bobby Jaspar : Flute Soufflé (Prestige), 1957
Flute Soufflé
Herbie Mann (fl, ts); Bobby Jaspar (fl, ts); Tommy Flanagan (p); Joe Puma (gt), Wendell Marshall (b); Bobby Donaldson (dr)

1. Tel Aviv (14:38) - 2. Somewhere Else (5:55) - 3. Let's March (7:21) - 4. Chasin' the Bird (8:13)

Dans son livre sur l'histoire du jazz en Belgique, Marc Danval écrit à propos de ce disque : "la délicatesse, la conception du phrasé et la sensualité de la sonorité de Bobby contrastent singulièrement avec la vulgarité et le manque de feeling d'Herbie Mann." Il est vrai que tout le monde s'accorde aujourd'hui pour dire que Mann n'est pas le plus grand des flûtistes de jazz, mais c'était une tête chercheuse avec une avance perpétuelle sur les modes qui fait que plusieurs de ses disques ont été retenus par l'histoire et méritent de figurer dans toute bonne discothèque. Quoiqu'il en soit, s'il est clair que le jeu de Bobby Jaspar apparaît ici plus fluide et swinguant que celui de son complice américain dont le chant semble moins construit avec des sauts continuels dans le registre aigu (c'est particulièrement frappant sur Let's March quand on compare le premier solo de flûte par Herbie avec le second joué par Bobby), les deux flûtistes d'accordent plutôt bien (en particulier sur Chasin' The Bird) et leur musique est dans l'ensemble plutôt agréable à écouter. D'ailleurs, ce n'est sans doute pas pour rien que Scott Yanow, chroniqueur pour AllMusic, a octroyé 4 étoiles et demi à cet album. En plus, sur les quatre morceaux, on trouve cette superbe composition de Herbie Mann, Tel Aviv, sur laquelle Jaspar joue du sax ténor et Mann de la flûte alto. Les deux solistes se complètent à merveille sur cette pièce qui évoque les racines juives du compositeur et s'impose par son atmosphère sombre et hantée. Rien que pour ce morceau, Flute Soufflé est une production qui ne saurait être oubliée.

[ Flute Souffle (CD & MP3) ]
[ A écouter : Deus Xango - Tel Aviv - Let's March - Chasin' The Bird ]

Donald Byrd Quintet : Byrd In Paris (Brunswick), 1958 - Réédition CD (Universal Music / Jazz in Paris), 2011
Byrd In Paris
Donald Byrd (tp); Bobby Jaspar (ts, fl); Walter Davis Junior (p); Doug Watkins (b); Art Taylor (dr). Recorded on October 22, 1958 at the Olympia, Paris.

1. Dear Old Stockholm (12:24) - 2. Paul's Pals (12:23) - 3. Flute Blues (7:12) - 4. Ray's Idea (7:26) - 5. The Blues Walk (9:17)

Le jeune trompettiste Donald Byrd est ici capté live à l'Olympia à Paris le 22 octobre 1958. Il est accompagné par Walter Davis Jr au piano, Doug Watkins à la contrebasse, Art Taylor à la batterie et Bobby Jaspar au saxophone ténor sur quatre des cinq plages. De retour d'Amérique, Jaspar joue sans concession à l'instar d'un Sonny Rollins et apparaît bien plus agressif que le leader qui mise davantage sur l'élégance de son art. Cette complémentarité dynamite le concert dominé par un Dear Old Stockholm magistral. On notera aussi un superbe Flute Blues avec un Jaspar flûtiste, cette fois beaucoup plus serein. La réédition dans la collection Jazz in Paris d'un LP sorti à l'époque confidentiellement chez Brunswick (LP 87 903) est une aubaine pour les collectionneurs et les amateurs du jazzman belge.

La suite du même concert, également éditée en 1958 par Brunswick (LP 87 904) et rééditée en CD dans la collection Jazz in Paris sous le nom de Parisian Thoroughfare, comprend des titres chocs comme Salt Peanuts et Two Bass Hit de Gillespie, Parisian Thoroughfare de Bud Powell et 52nd Street Theme de Thélonious Monk. Ce second volume est évidemment indissociable du précédent : qui pourrait bien avoir l'idée saugrenue de quitter un tel récital en plein milieu !

[ Byrd in Paris (CD) ] [ Parisian Thoroughfare (CD) ]
[ A écouter : Dear Old Stockholm - Parisian Thoroughfare ]

Chet Baker Sextet : The Incredible Chet Baker Plays And Sings (Carosello), 1977
The Incredible Chet Baker Plays And Sings
Chet Baker (tp, vocals sur 1 & 5); Jacques Pelzer (fl, ss); Gianni Basso (ts); Bruce Thomas (p); Lucio Terzano (b); Giancarlo Pillot (dr); Ruth Young (vocals sur 1 & 6). Enregistré en mars 1977 au Cap Studio à Milan, Italie.

1. Autumn Leaves (4:30) - 2. Sad Walk (4:46) - 3. Highblown (4:47) - 4. Laura (4:58) - 5. Love Vibration (5:42) - 6. Whatever Possessed Me (6:40) - 7. I Waited For You (7:24)

La relation amicale entre le Liégeois Jacques Pelzer et Chet Baker est une affaire de longue durée. C'est à Paris en 1955 que Pelzer a fait sa connaissance du trompettiste et cette amitié durera jusqu'à la mort de ce dernier à Amsterdam le 13 mai 1988. Entre-temps, les deux hommes ont joué ensemble à maintes reprises et ils feront même deux tournées de plusieurs mois aux Etats-Unis, la seconde au milieu des années 70 où ils joueront au Carnegie Hall. Mais c'est à Milan en 1977 qu'ils ont enregistré ensemble cet album en sextet avec le pianiste Bruce Thomas et des musiciens italiens. Ces sessions sont peu connues à cause d'une diffusion restreinte de ce LP édité en Italie mais elles valent vraiment la peine d'être recherchées car si la prestation de Chet Baker n'est ni meilleure ni moins bonne que d'autres datant de cette époque, l'espace réservé à Pelzer y est particulièrement important. Que ce soit au saxophone soprano sur deux titres (Highblown et Laura) ou à la flûte, Pelzer prend des solos sur tous les morceaux et, à son écoute, on comprend mieux ce qui pouvait lier ces deux hommes dont le jeu est marqué par une même sensibilité à fleur de peau. Ils sont les rois de cet enregistrement et les notes qu'ils délivrent volent loin au-dessus de l'orchestre. Quand Gianni Basso, pourtant un musicien très compétent influencé par Stan Getz, intervient au ténor, on entend nettement la différence d'intensité et de profondeur par rapport aux deux autres solistes. La raison est tout simplement qu'il lui manque cette communion rare d'esprit et de cœur qui existait entre Pelzer et Baker. C'est pour comprendre cette relation et l'importance que les sentiments peuvent parfois avoir sur la musique de jazz qu'il faut absolument écouter ce disque devenu malheureusement difficile à trouver.

[ The Incredible Chet Baker Plays and Sings (CD & LP) ]
[ A écouter : Autumn Leaves - I Waited For You ]

Philip Catherine / Larry Coryell : Splendid (Elektra), 1978 - Réédition CD (Wounded Bird), 2007
Splendid
Larry Coryell (guitare acoustique 6 cordes & 12 cordes); Philip Catherine (guitare acoustique 6 cordes & 12 cordes, Guitar électrique fretless); Joachim Kuhn (piano sur 4)

1. One Plus Two Blues (5:17) - 2. Snowshadows (3:29) - 3. Transvested Express (5:20) - 4. Deus Xango (5:27) - 5. My Serenade (4:54) - 6) No More Booze (3:43) - 7. Father Christmas (2:39) - 8. A Quiet Day In Spring (4:02) - 9. The Train And The River (4:48)

Après le succès de Twin House, Catherine et Coryell sont retournés en studio, cette fois à Hambourg, pour y enregistrer une séquelle dans la ligne artistique du premier. Splendid a été un peu moins médiatisé que son prédécesseur mais il est aussi réussi et sonne toujours aussi frais aujourd'hui qu'en 1978, année de sa sortie. Beaucoup de moments de grâce parsèment ce disque comme le méditatif Snow Shadows sur lequel Catherine joue sur une guitare fretless, ou la composition de Coryell, One Plus Two Blues, et ses superbes parties improvisées, ou encore l'inévitable hommage à Django Reinhardt (le triste My Serenade avec un solo époustouflant de Catherine). Le pianiste Joachim Kuhn est invité sur un titre (Deus Xango, une composition d'Astor Piazzolla) et, contrairement à Twin House, une guitare électrique s'immisce parfois dans les guitares acoustiques, ce qui rend ainsi le répertoire d'autant plus varié et donc encore plus agréable à écouter. En plus, grâce à la production soignée de Siegfried Loch, futur fondateur et patron depuis 1992 du label ACT, le son clair et bien détaillé permet d'entendre toutes les subtilités du jeu des deux virtuoses. Aujourd'hui enfin réédité en CD par le label newyorkais Wounded Bird après une longue indisponibilité, Splendid reste l'un des grands albums de la guitare jazz, toutes époques confondues, qu'il faut impérativement avoir dans sa discothèque.

[ Splendid (LP - Vinyl Album, UK, Elektra, 1978) ]
[ A écouter : Deus Xango - My Serenade - No More Booze]

Toots Thielemans & Bill Evans : Affinity (Warner Bros. Records), 1979
Affinity
Bill Evans (piano, Fender Rhodes); Toots Thielemans (harmonica); Larry Schneider (saxophone ténor, saxophone soprano, flûte alto); Marc Johnson (contrebasse); Eliot Sigmund (batterie). Enregistré aux Studios Columbia à New York du 30 octobre au 2 novembre 1978.

1. I Do It for Your Love (7:16) - 2. Sno' Peas (5:51) - 3. This Is All I Ask (4:14) - 4. The Days Of Wine And Roses (6:40) - 5. Jesus Last Ballad (5:52) - 6. Tomato Kiss (5:17) - 7. The Other Side of Midnight (3:17) - 8. Blue in Green (4:09) - 9. Body and Soul (6:16)

C'est vers le milieu des années 50 que Toots rencontra Bill Evans pour la première fois alors qu'il jouait au sein de la formation de George Shearing. Quelques vingt-cinq années plus tard, Toots est contacté par l'agent du pianiste, devenu entre-temps une célébrité mondiale, pour participer à un album : il en résultera cet Affinity, un intitulé qui résume bien l'attirance mutuelle entre deux personnalités, certes différentes, mais toutes deux dotées d'une sensibilité musicale hors du commun. En compagnie de Larry Schneider aux saxophones ténor et soprano et à la flûte alto, et d'une rythmique incluant le bassiste Marc Johnson et le batteur Eliot Zigmund, les deux hommes revisitent une collection de thèmes parfois surprenants (I Do It for Your Love de Paul Simon et The Other Side Of Tonight de Michel Legrand) et parfois moins (les standards Blue And Green et Body And Soul) dont Thielemans a déclaré avoir écrit tous les arrangements. Sur quelques plages, Evans utilise un piano électrique de manière tellement fluide derrière les lignes mélodiques de Thielemans qu'on regrette que ce soit la dernière fois en studio. Quand à Toots, son harmonica est capté à la perfection : sa sonorité profonde et dynamique avec juste un zeste de réverbération est absolument exceptionnelle . Comportant une majorité de ballades, cet album unique dégage une atmosphère prenante et mélancolique de toute beauté et on comprend à son écoute pourquoi Toots l'a si souvent cité comme l'un de ses meilleurs disques.

A noter : il existe d'autres enregistrements de Bill Evans avec Toots Thielemans réalisés lors d'un concert enregistré par une radio néerlandaise le 6 décembre 1979, et compilé sur l'album The Sesjun Radio Shows (Naxos, 2011). Les cinq morceaux joués sont : Blue In Green, The Days Of Wine And Roses, I Do It For Your Love, Bluesette et Five.

[ Affinity (CD & MP3) ] [ The Sesjun Radio Shows (Album vinyle 2 LP & MP3) ]
[ A écouter : I Do It for Your Love - The Days Of Wine And Roses - Body & Soul]

Ernst Vranckx Quartet Featuring Kenny Wheeler : A Child's Blessing (WERF Records), 1998
A Child's Blessing
Ernst Vranckx (piano); Kenny Wheeler (trompette, bugle); Bart Defoort (saxophones); Stefan Lievestro (contrebasse); Hans van Oosterhout (batterie)

1. A Child's Blessing (10:32) - 2. Triangle (8:12) - 3. The Miner's Tale (7:58) - 4. Two Women, One Heart (9:17) - 5. Aeoleo (7:31) - 6. Exodus (9:48). Enregistré en mai 1998 au Studio Dada à Bruxelles.

La treizième production du label WERF, emballée dans un superbe digipack aux teintes automnales, est consacrée à Ernst Vranckx, un jeune pianiste flamand déjà remarqué au sein du Chris Joris Experience. Son quartette, dont tous les membres ont moins de 35 ans, se compose de Bart Defoort, de Stefan Lievestro et du batteur hollandais Hans van Oosterhout dont on retiendra les récentes prestations aux côtés de Nathalie Loriers, Philip Catherine et Bert van den Brink. En plus, le pianiste a invité le trompettiste canadien Kenny Wheeler, un musicien, qui fêtera bientôt son soixante-dixième anniversaire, pilier du label ECM pour lequel il a enregistré quelques oasis de sérénité. Vranckx lui a concocté six longues compositions nuancées aux harmonies évocatrices, histoire de lui donner les repères nécessaires au développement de ses improvisions aériennes. Et Wheeler ne s'en prive pas : il envahit toutes les plages de son immense talent. Son incroyable tessiture, son phrasé volant avec ses montées soudaines dans l'aigu, le son immédiatement reconnaissable de son bugle (l'instrument qui a sa préférence) font naître la poésie comme par magie sur ces séquences inspirées d'accords que sont A Child's Blessing ou The Miner's Tale. Il n'y a toutefois aucune aspérité dans le discours des cinq hommes : les saxophones de Defoort s'entrelacent avec finesse aux phrases du maître et la rythmique est en parfaite syntonie avec l'ensemble (Ecoutez cette intro de batterie tout en souplesse sur Triangle). Quant à Vranckx lui-même, il faudra dorénavant compter avec lui : il sait se mettre au diapason des souffleurs, soutenant leurs improvisations par de belles nappes d'accords qui leur donnent un saisissant relief ou improvisant lui-même avec un phrasé sensible et aérien qui révèle la beauté des mélodies. Un disque plein de charme, idéal pour donner des couleurs aux longues soirées hivernales.

[ A Child's Blessing (CD) ]

Bram Weijters-Chad McCullough Quartet : Abstract Quantites (Origin Records / WERF Records), 2015
Chad McCulloug (trompette); Bram Weijters (piano, claviers); Piet Verbist (contrebasse); John Bishop (drums)

1. Billions (9:00) - 2. Still More (1:47) - 3. Mr. Rubato (4:28) - 4. Glorious Traffic Jam (8:00) - 5. Hesitation (5:35) - 6. The Same Prelude (2:31) - 7. The Same but Different (4:29) - 8. Little Song (for Mirthe) (6:09) - 9. Winter's Lament (7:33) - 10. Before Acceptance (1:26) - 11. Acceptance or Denial (7:10). Enregistré les 10 et 11 mai 2014 au Rubens Studio à Bruxelles.

Depuis leur rencontre en 2010 à l'occasion d'un workshop au Canada, le trompettiste américain Chad McCullough et le pianiste belge Bram Weijters ne se sont plus quittés. Ayant monté un quartet qui s'est produit aux Etats-Unis et en Belgique, ils ont déjà enregistré trois disques pour le label WERF dont le plus récent, et celui qui arbore la plus belle pochette, est cet Abstract Quantities. Comme sur les deux premiers albums sortis l'un en 2011 (Imaginary Sketches) et l'autre en 2012 (Urban Nightingale), la musique richement colorée est directement assimilable et relaxante sans pour autant être méditative ou évanescente comme peuvent l'être certaines productions nordiques du label ECM. Les mélodies sont souvent mémorables et les arrangements clairs et spacieux renvoient à une tradition classique européenne. Bien que la plupart des titres soient enregistrés avec une section rythmique particulièrement dynamique, incluant le batteur américain John Bishop et le contrebassiste belge Piet Verbist, les solistes se sont réservés deux compositions (The Same Prelude et Before Acceptance) interprétées en duo dans lesquelles ils laissent épancher leur lyrisme naturel. La tonalité pure de la trompette et la brillance du jeu de piano assurent à ce quartet une présence indéniable, parfois mélancolique et parfois mystérieuse, qu'on serait tenté de comparer à celle du groupe de Tomasz Stanko avec Marcin Wasilewski, encore que leurs styles respectifs soient en fin de compte assez différents. Abstract Quantities est à écouter absolument au même titre d'ailleurs que les deux productions précédentes qui sont d'une qualité similaire.

[ Abstract Quantities (CD & MP3) ]
[ A écouter : Glorious Traffic Jam ]

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