Le Rock Progressif

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Série VII - Volume 1

Molesome : Aftonland Molesome : Aftonland (Indépendant), Suède, 9 août 2021

1. The Final Option (3:17)- 2. Friction (10:02) – 3. Tremolo (3:55) – 4. Vox Humana (11:49) – 5. Fading Joni (2:10) – Exit (8:53)

Mattias Olsson (percussions, onde magnétique, guitare électrique, platines, guitare à résonateur, batterie à répétition instantanée, Moog 15, cloches tubulaires, Korg mono, celeste, accordéon, Vako Orchestron, mellotron, glockenspiel, clochettes, timbales, kantele, Optigan) ; Hampus Nordgren-Hemlin (grand piano, celeste, guitare électrique, trompette, trompette basse & contrebasse, tuba, Vako Orchestron, orgue) ; Stina Hellberg-Agback (Harpe) ; David Keller (violoncelle, violoncelle électrique) ; Leo Svensson-Sander (violoncelle) ; Reine Fiske (guitare électrique) ; Lars Fredrick Froisle (Hammond C3) ; Tiger Olsson (chant) ; Anna Eklund-Tarantino (chant) ; Asa Carild (chant) ; Martin Von Bahr (hautbois, cor anglais)

Depuis Änglagard et White Willow dont il était membre, le compositeur et multi-instrumentiste suédois Mattias Olsson peut assurément porter le qualificatif d'artiste prolifique, totalisant quelques 160 albums, que ce soit à travers de nombreuses collaborations (Pixie Ninja, Pine Forest Crunch, In These Murky Waters, Elisa Montaldo…), ses sessions de musicien ou encore ses productions. C'est sous le nom de Molesome que démarre concrètement son projet solo depuis Songs For Vowels And Mammals en 2015. Ces albums trouvent tous leur genèse dans des événements entourant le musicien, qu'ils soient musicaux ou personnels, comme la perte d'un ami cher qui enfantera le céleste et poignant Tom & Tiger (2020). A l'exception de Are You There ? (2021) ancré davantage dans le rock progressif, ces œuvres difficilement classables s'inscrivent dans un registre mêlant électronique, ambient et expérimental. Aftonland nous immerge précisément dans cet univers invitant au calme, à la contemplation et à l'introspection. Imaginons un lieu, non pas physique et en trois dimensions, mais mental et onirique, aux contours dessinés par des ambiances sonores, guidant notre esprit et nos sens au fil de l'exploration de six pièces majoritairement acoustiques. Leur lenteur ainsi que l'absence de rythmique (à l'exception, relative, de Vox Humana) créent une sensation d'apesanteur.

Dès l'introduction, les longues notes de violoncelle de David Keller, accompagnées par une harpe légère, installent un climat mélancolique présent sur tout le répertoire qui inclut des plages courtes représentant à la façon d'un sas des points de passage vers des pièces plus conséquentes. Tremolo est construit comme Fading Joni sur trois notes répétitives de guitare pouvant rappeler la bande originale de Paris Texas (Ry Cooder), toutefois légèrement nappées sur ce troisième titre d'un orgue Hammond. Friction déploie une longue respiration de 10 minutes dans laquelle le violoncelle de Leo Svensson-Sander, la harpe de Stina Hellberg ainsi que la subtile guitare électrique de Reine Fiske (Landberk, Paatos, Motorpsycho) se fondent au service d'une musique ambient au minimalisme cher à Brian Eno ou à Steve Roach. Mais c'est bien Vox Humana qui représente, au fil de ses 12 minutes, la pièce la plus ambitieuse de par son architecture complexe, à savoir quatre lignes harmoniques divisées en quatre modules distincts (respectivement en 16/4, 15/4, 14/4 et enfin en double temps). Autre tour de force, la lenteur de cette musique polyrythmique permet une succession d'accords qui se renouvellent constamment et sans répétition. Enfin, comme sur l'ensemble de l'album, l'artiste n'a jamais eu recours au digital, à l'instar des 16 voix humaines utilisées et arrangées ici, et d'une sélection très minutieuse de musiciens et d'instruments, notamment Hampus Nordgren-Hemlin (grand piano, celeste, guitare électrique) et Ulf Äkerstedt (trompettes, tuba). Le répertoire se referme sur Exit, aux tintements et carillons semblant marquer la fin du périple.

Ce concept album non pas narratif mais exploratoire, nécessite une écoute ininterrompue afin que ce « voyage en un ailleurs » vous livre toute sa substance. Quant à Mattias Olsson, il poursuit en parallèle de nombreux projets, notamment une nouvelle collaboration avec le groupe de rock progressif norvégien Pixie Ninja, et prépare d'ores et déjà deux nouveaux albums de Molesome (Running Out Of Change et Les Larmes Du Monstre).

[ Chronique de Michel Linker ]

[ Aftonland sur Bandcamp ]
[ A écouter : Fading Joni ]

Tales From Topographic Horizons Half A Band : Tales From Topographic Horizons (Vallis Lupi), France, 10 septembre 2021

1. The Great Collapse Part One (20:12) - 2. The Game IS Over (8:49) – 3. The Great Collapse Part Two (16:12) – 4. The Future Looks Bright (25:28)

Olivier Bruneau (chant, piano, clavier Prophet, synthétiseur analogique Minibrute, string machine, pédales de basse, guitares électriques, piano électrique, synthétiseur VA, guitare basse, batterie, TR-808, mellotron, orgue à roues phoniques, glockenspiel, butadream, cloches tubulaires)

Claviériste de Grandval, ayant collaboré avec Sundayer, Birkenhead et Cargobelly, compositeur, multi-instrumentiste, Olivier Bonneau réalise ici, et depuis 2016, son septième album sous le nom humoristique de Half A Band, s'agissant du seul membre de ce groupe. Faisant un double clin d'œil à Yes par ce titre et par un répertoire de 4 morceaux, Tales From Topographic Horizons trouve une filiation dans le registre progressif des années 70 et 80, mettant davantage l'accent sur une musique atmosphérique, épurée, comme l'annoncent les premières notes de piano qui ouvrent l'album. Née du premier confinement de la crise sanitaire, elle est empreinte d'une mélancolie nourrie à la fois par le spleen de l'artiste et par la fragilité du monde moderne. Half A Band puise son inspiration dans de nombreux univers musicaux tels que l'ambient (Brian Eno avec Music For Airports, et surtout le dernier album de No-Man, Love You To Bits caractérisé par peu de titres et des morceaux longs emmenés par une rythmique addictive). Olivier Bonneau évoque également la new wave, depuis sa genèse (Closer de Joy Division) en passant par certains artistes des générations suivantes et actuelles (l'album The Colour Of Spring de Talk Talk, ou encore l'univers psyché de Tame Impala).

Cet album présente donc quatre morceaux caractérisés d'abord par une construction très libre qui s'affranchit d'un bon nombre de codes et d'usages. Sur The Great Collapse Part 1, la voix d'Olivier semble se fondre, comme dans l'ensemble du répertoire, dans une instrumentation s'appuyant sur des nappages de claviers qui investissent tout l'espace à la façon d'un large travelling parcourant cette nature faite de vastes étendues de monts et de vallons du pays auvergnat dont le musicien est originaire. Malgré ses 9 minutes, The Game Is Over est la pièce la plus courte du répertoire dans laquelle, sur un tempo soutenu, les guitares électriques parfois gilmouriennes appuient de leurs arpèges puis de leurs riffs aériens, pianos électriques, synthétiseurs et un chant toujours léger. Les deux pièces suivantes, riches d'une instrumentation mêlant claviers vintage et modernes qui ne renie pas les grandes figures du passé (Rick Wakeman, Tony Banks ou Rick Wright), alternent une succession d'ambiances bigarrées et d'effets sonores toujours harmonieux, passant de séquences aériennes à des passages au groove porté par une section rythmique inspirée, et qui dévoilent au fil des changements leur lot de surprises.

Tales From Topographic Horizons est édité par le Label independant Vallis Lupi, auvergnat lui aussi, et qui d'ores et déjà, annonce par ailleurs, la sortie prochaine du troisième album de Grandval pour lequel, contrairement à l'opus précédent Descendu Sur Terre, Olivier Bonneau contribuera à la composition.

[ Chronique de Michel Linker ]

[ La page Facebook de Vallis Lupi ]
[ A écouter : The Game Is Over sur Bandcamp ]

Kosmogon : Mässan Kosmogon : Mässan (Tonbad Grammofon), Suède, 27 août 2021

1. Mässan (25:00) - 2. Somnus (22:57)

Sophie Linder (mellotron, Logan string machine, électronique); Nicklas Barker (orgue, Arp odyssey, mellotron, bandes)

Kosmogon : Mässan (CD)Mässan inaugure la discographie de Kosmogon, duo suédois réunissant Sophie Linder, pianiste de formation classique, autant passionnée par Chopin, Debussy ou Pärt que par la musique traditionnelle de son Pays, et de Nicklas Barker, compositeur, chanteur, guitariste et mellotroniste, bien connu en tant que membre d'Anekdoten ainsi que de My Brother The Wind où il évoluait déjà vers le space rock. Kosmogon puise majoritairement son inspiration dans la musique électronique, depuis les pionniers attachés à l'école de Berlin (Klaus Schulze, Tangerine Dream, Manuel Göttsching, Ash Ra Tempel et surtout leur compatriote Anna Själv Tredje), mais également les courants expérimentaux (Harmonia ou les français Luc Ferrari et Bernard Parmegiani). Il va sans dire que Sophie et Nicklas se sont dotés d'un ensemble d'instruments spécifiques, dont entre autres, un mellotron M400 vintage de 1973 et un orgue analogique Farfisa. L'album présente deux pièces de durées respectives de 25 et 23 minutes, dans un format familier aux groupes allemands précités, la version vinyle comptant un titre par face.

Dès les chants d'oiseaux qui l'ouvrent et le clôturent, le morceau-titre Mässan annonce une pièce contemplative dépeignant en six parties, du crépuscule à l'aube, le cadre bucolique d'une forêt. Un bourdon créé par une « Logan String machine », accompagne en permanence cette musique minimaliste et planante, bercée par les arpèges d'un ARP Odyssey, et livrant ici et là un grand nombre de détails sonores, comme le souffle du vent, évocation de Timewind (Klaus Schulze), ou encore des murmures et des chuchotements faisant écho à Trussilago Fanfara (Anna Själv Tredje). Mässan revêt également un caractère pastoral au travers des séquences de mellotron inspirées par les appels ancestraux aux troupeaux, héritage perpétué par la musique du folklore suédois.

Somnus est le résultat d'improvisations à partir de drones, enregistrées par Sophie en utilisant deux mellotrons et plusieurs chambres d'écho ; elle décrit cette expérience comme un véritable élan créatif, un retour à la composition, après une pause de 20 ans, particulièrement portée et inspirée par les innovateurs de la musique électronique (Eliane Radigue, Wendy Carlos et Ralph Lundsten). Ses travaux ont ensuite été compilés par Nicklas en une longue pièce méditative qui forme au final, avec Mässan, une œuvre compacte et précieuse, mettant nos sens en éveil et suscitant de quiètes émotions.

Finalisé début 2021 dans un studio privé de Stockholm, cet album a aussi été l'occasion de créer la maison de disques Tonbad Grammofon, et déjà une nouvelle sortie est prévue dans le courant de l'année 2022 dans ce même registre de musique expérimentale contemporaine.

[ Chronique de Michel Linker ]

[ Kosmogon sur Bandcamp ]
[ A écouter : Mässan sur Bandcamp ]


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