Compacts de Jazz Belge :
Autres Suggestions (14)




"je n’ai jamais compris pourquoi dans le jazz il y a cette notion très forte que
seuls les standards sont les vrais morceaux. Personne ne va dire à Radiohead
qu’après les Beatles, il n’y a plus de morceaux rock."

David Linx in "Le Journal des Lundis d'Hortence", N°110, p. 22, 2020



Joachim Caffonnette Extended : Bittersweet TimesJoachim Caffonnette Extended : Bittersweet Times (Hypnote Records), 10 Septembre 2021

Joachim Caffonnette (piano and compositions); Jasen Weaver (contrebasse); Noam Israeli (drums); Hermon Mehari (trompette : 1, 2, 4, 6); Édouard Wallyn (trombone : 1, 4, 6); Quentin Manfroy (flûtes alto et basse : 1, 4, 6)

1. Bittersweet Times (7:24) - 2. Nostalgie Du Futur (7:21) - 3. Presidential Blues (6:08) - 4. Any Where Out of the World (6:27) - 5. Endless Dreams (Intro) (2:46) - 6. Endless Dreams (5:07) - 7. Big Questions, Brief Answers (5:39) - 8. The 6 Am. Crosspath (4:13) - 9. On Green Dolphin Street (4:02) - 10. A Savvy Child (6:30)


Avant aujourd'hui, le pianiste Joachim Caffonnette a produit deux albums : Simplexity en quintet sorti en 2015 et Vers l'Azur Noir en trio paru en 2019. Sur son nouveau disque, il approfondit sa musique en multipliant les configurations et en explorant différentes textures au gré des musiciens invités au fil des morceaux, le noyau de base étant constitué par un nouveau trio international qui, outre le leader lui-même, comprend le contrebassiste de La Nouvelle-Orléans Jasen Weaver ainsi que le batteur israélien installé à New York, Noam Israeli.

Le répertoire s'ouvre avec Bittersweet Times qui donne son nom à l'album. La dimension orchestrale de cette pièce remarquablement bien arrangée surprend : la trompette de Hermon Mehari, le trombone d'Édouard Wallyn et la flûte de Quentin Manfroy donnent de l'épaisseur à l'ensemble, les deux premiers ayant par ailleurs reçu tout l'espace nécessaire pour s'exprimer en solo. En dépit de son intitulé (des temps doux-amers), la musique est enlevée, spontanée, fraîche et lyrique avec peut-être une petite pointe de mélancolie désabusée qui perce dans la mélodie. Le sextet est aussi présent dans deux autres titres : Any Where Out Of The World, une composition à l'ambiance raffinée dans laquelle le compositeur a joué au maximum de l'alliance du trombone, de la trompette et du piano pour donner de l'ampleur orchestrale, et Big Questions, Brief Answers dont le style de jazz dynamique renvoie à la chaleur, la puissance et la réactivité du fameux sextet de Dave Holland (sur Pass It On). Enfin, sur Nostalgie du Futur, une composition poétique aux harmonies rêveuses, le leader et le trompettiste rivalisent de lyrisme dans un véritable moment de grâce partagée.

Les six autres morceaux mettent davantage en évidence l'interaction entre les membres du trio qui prennent aussi plus de liberté. Ainsi on appréciera le solo de contrebasse de Jasen Weaver sur le très enjoué Presidential Blues mais aussi la frappe hyper dynamique du batteur Noam Israeli qui n'arrête pas de relancer ce morceau aux accents monkiens. Toutes ces qualités se retrouvent également dans l'interprétation pleine d'énergie et de nuances du standard On Green Doplphin Street : le solo de Noam Israeli y est réellement habité tandis que les envolées du pianiste dont le phrasé est d'une extraordinaire fluidité rendent cette reprise particulièrement jouissive. Le répertoire se clôture sur le très beau A Savvy Child, une autre composition originale du leader qui allie élégance et lyrisme.

Bittersweet Times, le disque, me paraît être à ce jour la réalisation la plus aboutie d'un pianiste à l'itinéraire musical passionnant. L'ampleur de cette musique, sa cohérence et son évidence sont tellement exceptionnelles qu'on n'hésite pas une seconde à retenir d'ores et déjà cet album parmi les productions de jazz les plus réjouissantes de cette année.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Bittersweet Times sur Bandcamp ]
[ A écouter : Nostalgie Du Futur ]



PHIOlivier Collette : PHI (Hypnote Records), 1er Mars 2019

Olivier Collette (piano, compositions, arrangements); Bert Joris (trompette, bugle); Peter Hertmans (guitar); Victor Foulon (contrebasse), Daniel Jonkers (drums). Enregistré les 26 et 27 juin 2018 au Heptone Jazz Club, Belgique.

1. Seagull's Flight (8:45) - 2. Sweet, Simple And Beautiful (5:25) - 3. Goldmine (8:45) - 4. Introspection (5:25) - 5. Between A Tear And A Smile (8:45) - 6. Hepta (8:45) - 7. Twisted Minor Blues (5:25) - 8. Brazilian Sunflowers (8:45)


Symbolisé par PHI, première lettre du nom du sculpteur grec Phydias, le nombre d’or désigne un rapport de proportions idéales. Depuis les pyramides jusqu’à Notre-Dame de Paris en passant par le Parthénon et la coupole de la mosquée du Chah à Ispahan, on le retrouve dans beaucoup de créations humaines mais il est aussi présent dans la nature, comme dans la coquille des mollusques, dans le corps humain ou dans les capitules du tournesol d’ailleurs choisis pour illustrer la pochette de cet album. La raison en est qu’Olivier Collette a choisi de « construire » son disque, et la musique qu'il renferme, en recourant à ce rapport considéré comme un reflet de l’harmonie universelle. Ainsi, la découpe du répertoire et la durée des morceaux mais aussi leurs tempos et les nombres de mesures qui en composent les différentes parties ont-ils été ajustés en fonction du nombre PHI. En est-il résulté une harmonie parfaite ? Les exégètes et les mystiques pourront toujours en discuter.

Pour ma part, je trouve ce disque particulièrement harmonieux et homogène. L'univers du pianiste, on le sait depuis son premier double album Joy And Mystery sorti sur Mogno en 2001, est d'abord mélodique. Les thèmes, tous écrits par le leader, pourraient fort bien se définir par l'intitulé du second morceau qui résonne comme une devise : Sweet, Simple and Beautiful. Ajoutons que le degré de raffinement atteint doit beaucoup à la qualité des musiciens impliqués, en particulier le trompettiste Bert Joris et le guitariste Peter Hertmans qui font chanter les mélodies tout en les ouvrant sur d'autres possibles.

Mis à part Introspection un peu plus lent, toutes les plages sont en tempo moyen tandis que, globalement, ce jazz s'inscrit dans une réminiscence assumée d'une certaine tradition classique européenne : Seagull's Flight est ainsi un bel exemple de composition méticuleuse et linéaire dont les différentes parties s'enchaînent avec clarté et délicatesse. C'est de la musique de chambre idéale pour un après-midi sur l'herbe dans un camaïeu de lumières printanières. Même Twisted Minor Blues, à priori plus typé puisqu'ancré dans la note bleue, évoque davantage une promenade bucolique en forêt qu'une soirée enfumée dans un bar. On notera aussi le morceau Brazilian Sunflowers dont le rythme latin évoque encore avec un peu plus d'acuité le soleil bienfaisant et la joie de vivre qui va avec.

Les sonorités moelleuses, les développements musicaux inspirés, les mélodies charmeuses, la cohésion du quintet ... tout ici évoque une forme de beauté naturelle, à tel point qu'on se demande finalement si le recours au nombre d'or n'aurait quand même pas, d'une manière ou d'une autre, influencé toute cette belle esthétique.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Olivier Collette Website ] [ Hypnote Records ]
[ A écouter : PHI (teaser) - Introspection ]



Peter Hertmans Quintet : Live at DommelhofPeter Hertmans Quintet : Live at Dommelhof (El Negocito Records) 2020

Peter Hertmans (guitare); Steven Delannoye (saxophone tenor); Nicola Andrioli (piano); Jos Machtel (contrebasse); Marek Patrman (drums). Enregistré live par Piet Vermonden le 18 octobre 2012 au Dommelhof, Pelt.

1. Up-Town (8:48) - 2. Racconti (7:25) - 3. The One Step (11:29) - 4. One Chance (10:17) - 5. Merci Philip (14:21) - 6. Is That You? (5:29)


En octobre 2012, Peter Hertmans, à la tête d'un quintet, fut invité à se produire dans le beau domaine de Dommelhof dans la province du Limbourg et, par chance, le concert fut enregistré et est maintenant édité, huit années plus tard, par le label El Negocito. De toutes façons, cette musique ne se démode pas et sonne aussi fraîche aujourd'hui qu'elle l'était le soir du concert.

Le répertoire comprend une composition de Nicola Andrioli, Racconti, sur laquelle le pianiste dévoile déjà un lyrisme naturel qu'il aura l'occasion d'approfondir plus tard sur ses productions personnelles. Deux autres pièces ont été écrites par le saxophoniste Steven Delannoye. La première, Up-Town, qui ouvre l'album est un bop moderne qui permet au quintet de réchauffer l'atmosphère : après le thème exposé au ténor, les solos de piano, de guitare, de saxophone et finalement de contrebasse se succèdent sur un rythme efficace assuré par le tandem Jos Machtel / Marek Patrman. La seconde, One Chance, sonne comme une lamentation délivrée dans le silence d'un public respectueux. On en profitera pour souligner la qualité de cet enregistrement dont le son chaleureux flatte les oreilles de l'auditeur.

Les trois dernières compositions sont de Peter Hertmans. On épinglera le splendide Merci Philip, sans doute un hommage à Philip Catherine, qui figurait sur l'album Cadences du guitariste sorti en 2007 sur Mogno. Le leader y délivre une improvisation élégante qui séduit par ses qualités mélodiques mais aussi la fluidité de son phrasé, son enveloppe sonore et sa dynamique exceptionnelle. En ce qui concerne les deux autre titres, The One Step figurait également sur Cadences tandis que Is That You? est repris de l'album The Other Side, enregistré initialement en trio et paru en 2004 chez Quetzal Records. L'écouter dans ce contexte, réarrangé pour un quintet, est un vrai régal.

Ce disque qui est le témoignage d'un moment live exceptionnel est en soi un sacré album qui ravira tout fan de jazz surtout en cette période difficile où les concerts sont devenus très rares, voire impossibles. Faites-vous plaisir !

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Peter Hertmans et El Negocito Records sur Bandcamp ] [ Live at Dommelhof (CD / Digital) ]



Different Kinds Of BlueAlexandre Furnelle / AF New 5 : Different Kinds Of Blue (Indépendant / Bandcamp / Red Box Trib), Mars 2019/Janvier 2021

Alexandre Furnelle (contrebasse, compositions); Kristina Fuchs (chant); Daniel Stokart (saxophones); Peter Hertmans (guitare); Jan de Haas (drums). Enregistré en avril 2017 au Studio Elles par Pascale Snoeck.

1. Blossom (6:31) - 2. Like Someone in Love (6:10) - 3. Brumes (7:11) - 4. Au Milieu de Nulle Part (4:53) - 5. Ever Since (5:26) - 6. Sound of Jupiter (6:05) - 7. Prelude in Cm n°20 (4:39) - 8. Eyes to Wonder (3:04) - 9. Winter blues (5:26) - 10. Country (5:18)


En musique, on connait bien une sorte de bleu, celle de Miles Davis Davis, mais il en existe d'autres qu'a tenté d'exprimer avec sa grande sensibilité habituelle le contrebassiste Alexandre Furnelle. Pour l'occasion, il s'est entouré d'excellents musiciens qui servent au mieux sa vision lyrique : le guitariste Peter Hertmans, le saxophoniste Daniel Stokart et le batteur Jan de Haas. A ce quartet instrumental vient s'ajouter la voix de Kristina Fuchs qui interprète des textes qu'elle a parfois écrits elle-même (Blossom). Sa contribution essentielle fait de cet album quelque chose de spécial par rapport aux autres productions du contrebassiste. Surtout qu'en plus de chanter des paroles, elle utilise également sa voix en « scat » comme un nouvel instrument au sein du quartet, augmentant ainsi le nombre de solistes.

Sur plusieurs titres, comme sur le standard Like Someone In Love de Jimmy Van Heusen ou sur Country de Keith Jarrett, Peter Hertmans prend de beaux solos de guitare électrique avec cette tonalité fluide et douce dont il a le secret. Il est également l'auteur de deux titres : Ever Since (co-écrit avec Paul Berner) et le splendide Winter Blues qui figurait déjà sur son propre disque, Dedication, enregistré également avec Daniel Stokart. Evidemment, l'arrangement est ici différent, rendu plus sombre encore avec un fort sentiment de solitude procuré par la voix de Kristina : « one lonely tree in the snow, one lonely bird singing low … », ambiance enténébrée sous le linceul blanc de l'hiver. Ce morceau bénéficie en outre d'un solo très prenant du saxophoniste.

Alexandre a écrit deux morceaux, Brumes et Au Milieu de Nulle Part, qui se succèdent et s'inscrivent tous deux dans une même atmosphère étrange aux contours indistincts d'où surgissement épisodiquement quelques lignes de saxophone, de guitare ou de contrebasse. La voix de Kristina contribue largement au sentiment bizarre d'être « perdu en translation » dans un no man's land ouaté à la lisière de la réalité. Et puis il y a Sounds Of Jupiter, une composition avant-gardiste, pour ne pas dire futuriste, apparemment basée sur la représentation sonore par la Nasa de la sonde Juno pénétrant la puissante magnétosphère jovienne. Ne manquent que les impressionnantes images de la planète géante mais le son est digne des partitions de György Ligeti utilisées dans la fameuse Odyssée de Stanley Kubrick. Cette étrange musique se fond intelligemment et sans interruption dans le Prélude n°20 de Chopin, celui qui fut rebaptisé « La Marche Funèbre », ici présenté dans un arrangement avec voix qui le rend solennel mais qui est aussi habité par une belle et profonde improvisation de contrebasse.

Different Kinds Of Blue est l'une des œuvres les plus originales d'Alexandre Furnelle. Contrastée, raffinée et toujours surprenante, elle fait naître toutes sortes d'émotions et, en l'écoutant, on ne peut qu'imaginer des images qui viennent se superposer comme par magie à cette musique inouïe.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Different Kinds Of Blue sur Bandcamp ] [ Different Kinds Of Blue sur Red Box Trib ]




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